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Ile aux Moines

 

La semaine du Golfe

Edition 2015

  jeudi 06 août 2020

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.: Si l’Ile aux Moines m’était contée :.

Si l’Ile aux Moines m’était contée…

Profitant de l’opportunité qui nous est donnée de pouvoir communiquer au travers de ce site (véritable cordon ombilicale entre ceux qui vivent à l’extérieur et l’île aux moines) sur lequel j’ai, à maintes reprises, tenté d’apporter ma contribution sous forme de différents articles, je jette aujourd’hui pêle-mêle quelques souvenirs au hasard de ma mémoire sur une page de papier blanc; des banalités en somme sur notre petite île et qui n’ont ni début, ni fin, ni suite logique.

Un brin de nostalgie peut être mais surtout un grand amour pour cette île dont je descend par mon père depuis plusieurs générations et qui, au fil de mes voyages et des années devient petit à petit une obsession.

Certaines informations citées ci-dessous me viennent de mon père : Pierre Renaux (Pépé Coudé pour les ilois), fils de Madeleine Renaux née Coudé et élevé par sa grand-mère maternelle sur l’île aux moines. En effet mes grands parents paternels avaient dû se résigner à « monter » à Paris afin de trouver, comme beaucoup de bretons à l’époque, un travail difficile à dénicher en Bretagne, cette région oubliée de la France. Mon grand père, Chef de gare et ma grand-mère infirmière à l’hôpital Bichat de Paris habitaient dans un petit « une pièce » dans le huitième arrondissement. L’appartement situé au dernier étage sans ascenseur les obligeait à emprunter plusieurs fois par jour un pénible escalier qui causera malheureusement par la suite le décès de mon grand-père dont la santé était déjà ébranlée par les séquelles de la première guerre de 1914 et qui souffrit un infarctus en montant ce dernier. Afin d’offrir à mon père une jeunesse plus saine et heureuse, ils le confièrent à la garde de mon arrière grand-mère qui vivait sur l’île aux moines et où il passa la plus grande partie de sa jeunesse.

L’accident :

C’était une froide journée d’hiver des années cinquante. Ce jour là une violente tempête soufflait sur l’île aux moines.

Mon arrière grand-mère Coudé, vieille génération d’iloise, alors proche des 90 ans, veuve depuis de nombreuses années, vivait encore toute seule dans la grande maison familiale du « Rainville » (Ker Marie) située entre le bourg et « Kergonan » face à l’école « du diable » ou « école laïque » où étudia mon père dans sa jeunesse par opposition à « l’école du bon dieu » où « école des sœurs » située au bourg et qui n’existent plus ni l’une ni l’autre. En cette fin de journée elle se préparait à ingurgiter son habituel souper composé invariablement de quelques biscottes trempées dans un bol de lait chaud ou de « Banania » dont elle raffolait. Comme tout les soirs, elle écoutait la radio qui était l’une des rares distractions des gens de cette époque (Dame… il fallait bien s’informer des nouvelles du continent !)

Alors que la tempête redoublait de violence à l’extérieur, elle monta au premier étage et se dirigea vers la fenêtre de la chambre afin de fermer les lourds volets de chêne…

Alors qu’elle tentait de les rabattre, le vent s’engouffra avec une rare violence dans les battants et les referma brutalement sur l’une de ses mains. Elle entendit un bruit sec, sentit une douleur violente et regarda sa main… Le volet venait de sectionner l’un de ses doigts et un deuxième doigt pendait encore, rattaché par un lambeau de chair à sa main.

Sans se démonter, elle chercha une paire de ciseaux avec laquelle elle sectionna froidement le doigt qui pendouillait encore puis descendis dans la cuisine pour remplir un grand bol « d’eau de javel » dans lequel elle trempa sa main afin d’aseptiser la plaie. Elle enroula alors sa main dans un bout de tissu et s’en fut chez sa voisine « Seraphine » (bureau de tabac de l’époque) qui possédait alors un téléphone afin de prévenir le médecin.

Le docteur arriva précipitamment à « Ker Marie » afin de lui porter assistance. Elle expliqua à ce dernier les détails de l’accident et lui montra une petite boite remplie de coton dans laquelle était placé ses malheureux doigts. « Docteur » dit-elle, « j’ai entendu à la radio que les médecins de la ville faisaient maintenant des miracles et qu’ils arrivaient à « recoller » des membres sectionnés (elle parlait naturellement des premières greffes expérimentales). Croyez vous que l’on pourra les remettre en place ? ».

Tels étaient nos aïeux : des gens simples et naïfs mais qui possédaient alors des vertus et une force de caractère qui nous paraîtrait aujourd’hui inimaginable…

A la suite de cet incident, sa file, ma grand-mère Madeleine Coudé, épouse Renaux, alors membre du conseil municipal de l’île aux moines et veuve également depuis quelques années, réussit à convaincre non sans quelques difficultés mon arrière grand-mère de venir vivre chez elle à Kergonan où elle s’éteignit tranquillement quelques années plus tard à l’âge avancé de 96 ans.

Les légendes tenaces:

J’ai eu la chance de connaître très jeune cette femme si tendre et en même temps si forte. Je ne l’ai toujours connu qu’en costume d’îloise avec sa coiffe plate en dentelle, sa robe de velours mauve et son tablier brodé. Elle m’appelait « Meu mop », mot dont je ne suis pas certain de l’orthographe mais qui signifie « mon petit » en breton. Moi je l’appelais simplement « Mémé Coudé ». Mon père me disait qu’il n’entendit jamais cette sainte femme maudire qui que ce soit ou se plaindre de quoi que se soit. J’ai le souvenir quoique flou de ces nuits d’été où elle me faisait sortir dehors pour me faire entendre le hululement du hibou, signe prémonitoire selon elle d’une mort annoncée dans notre petite commune.

Elle me parlais aussi du champs voisin dit du « cromlech de Kergonan » et des ronds d’herbe brûlée où, selon elle, les « Korrigans » venaient danser la nuit (Je n’apprendrais que bien plus tard que ce phénomène tout a fait naturel se produit parfois lors des nuits de pleine lune).

Et puis bien sur, de temps en temps, elle affirmait avoir entendu durant la nuit passer « l’Ankou » avec sa lourde charrette et sa faux dans un vacarme du diable afin de venir reprendre la vie de quelque îlois dont le tour était venu.

Mon père m’a confirmé que, du temps de sa jeunesse, il était courant de se réunir dans les maisons en hiver autour du feu afin d’écouter les conteurs professionnels réciter de mémoire des légendes plus fabuleuses les unes que les autres qui lui donnaient la chair de poule.

La foi de ces gens là était inébranlable. Monsieur le Recteur (traduisez monsieur le curé) faisait la pluie et le beau temps et ses ouailles lui témoignaient un respect absolu. Ses sermons étaient alors écoutés avec grande attention à la messe du Dimanche mais les légendes et croyances païennes étaient encore tenaces et, la nuit venue, le diable et les esprits de toutes sortes menaient le bal…

Malheur aux amoureux qui profitaient du crépuscule pour s’isoler dans les chemins creux du « Gueric » car le fantôme du Château aurait pu les surprendre. Cette légende toujours tenace en début de siècle était née en fait le siècle précédent lorsqu’un curé célèbre de l’île aux moines (Voir le livre : « Le renard du levant ») trouva le moyen de dissuader les amoureux d’effectuer leurs escapades nocturnes d’une manière aussi astucieuse que surprenante. Souvent, la nuit tombée, il se promenait dans les chemins de l’île (surtout celui du « Gueric » qui était l’endroit de prédilection des couples amoureux) avec une lanterne magique. Cette dernière projetait des ombres mouvantes dans la nuit qui terrorisaient les pauvres innocents lesquels prenaient alors leurs jambes à leur coup et juraient à qui voulaient les entendre qu’ils avaient été poursuivis par le diable en personne.

Ainsi allaient bon train les histoires sur notre petite île, alimentant le matin à coup sûr la conversation de ses habitants sur la place du marché.

Les « Toilettes » :

L’eau courante n’était encore pas installée sur l’île et nous devions aller chercher chaque matin l’eau du puit dans des « brocs » chez notre voisine Valentine (Titine pour les intimes), juste en face de la cabane du « père Barbaraque » qui gardait alors ses chèvres sur la plage du « Vran ».

L’un de ces « brocs » trouvait tout naturellement sa place dans les « toilettes » dites « à la Turque », nom bien pompeux employé pour désigner cette cabane située au fond du jardin où nous évacuions dans un trou notre surplus de la veille et qui allait atterrir directement sans autres façons dans une fosse creusée à même la terre (que les écologistes d’aujourd’hui nous pardonnent !). Inutile de vous dire que, si l’envie me prenait d’aller aux toilettes la nuit venue, je préférais encore « faire » dans mon lit plutôt que d’affronter à l’extérieur tous les petits êtres qui peuplaient, selon mon arrière grand-mère, le monde extérieur de la nuit.

Puis vint la fin des années 50 avec l’arrivée de l’eau courante chez ma grand-mère et l’achat d’une « toilette chimique » (produit révolutionnaire à l’époque) installée dans l’unique salle de bain.

Enfin mon cauchemar prenait fin et je pouvais dormir en paix du sommeil du juste, me moquant ainsi des « créatures » de la nuit…

L’année suivante mon père achetait alors une propriété au « Trech » dans l’impasse de la « grimpette » et quelques années plus tard, la maison de ma grand-mère était vendue au profit d’une nouvelle maison construite sur le port (« Ty Fred », du nom de mon grand-père Frederic) et dont j’ai la chance aujourd’hui d’être l’heureux propriétaire.

Les « Sinagots » :

Bien que pratiquement décimés, quelques « Sinagots » subsistaient encore au début des années 60 autour du petit pont (actuellement en phase de remise en état grâce à l’heureuse initiative de notre mairie). Les cinq doigts de la main suffisaient à les compter et la plupart, éventrés, mourraient tranquillement d’une mort lente au rythme des marées dans les différentes baies de l’île. Terrain de jeu idéal pour le môme que j’étais alors, les carcasses de « sinagots » devenaient tour à tour et selon notre imagination des îles imaginaires ou des bateaux corsaires.

Du temps de la jeunesse de mon père où les « sinagots » et thoniers étaient encore légion, leurs voiles séchaient au grés des vents sur les rochers de la pointe du « bois d’amour » au bout du port.

Sur le grand mur du port étaient alors étalés les filets qui avaient été utilisés entre autre pour la « pêche à la Senne » (issue du nom de Sené, petit bourg de pêcheurs du fond du golfe et par extension le nom donné au bateau de ses pécheurs : le « Sinagot » et à ses pêcheurs) et les casiers de toutes sortes s’entassaient sur le « petit pont » avec leur odeur de goudron si caractéristique.

Aujourd’hui il semblerait que la volonté de certaines associations afin de sauver ce patrimoine a payé et de nouvelles unités flambant neuves sortent des chantiers navals de la région.

Les anciens pêcheurs ou navigateurs au long cours ne loupaient pas une seule occasion et se réunissaient chaque jour sur les fameux « bancs des chiqueurs » côté port ou côté plage (selon les vents dominants) afin de commenter les potins du jour.

Afin de ne pas perdre la main, les plus vieux profitaient souvent de la marée basse pour aller sur la vasière du port glaner quelques palourdes, chaussés de leurs lourdes « raquettes » (espèce de sabot plat en bois qui leur permettait de ne pas s’enfoncer dans la vase). A cette époque, l’ancien chenal qu’utilisaient auparavant les « Sinagots » entre la pointe du Trech et le fond du port longeait la côte et était encore visible et bien prononcé à une centaine de mètres du rivage, séparant ainsi la vasière de la côte par un petit bras de mer qui n’était pratiquement jamais à sec et dans lequel crevettes et anguilles pullulaient à marée basse. J’ai même le souvenir de la carcasse d’un énorme canot de sauvetage jaune orné de la cocarde de la marine anglaise qui terminait sa vie sur la vasière, vestige de la dernière guerre.

En parlant d’anciens marins, je me souviens particulièrement du père « Congal », un petit homme frêle de très basse stature et à demi voûté avec sa casquette de capitaine qui habitait à l’entrée du bourg sur la route du « Trech ». Emile Congal, tel était son nom, avait le privilège de tirer le coup de canon depuis le toit du Cap Horn chaque été au mois d’Août pour le départ des régates dans les années soixante. La légende raconte même qu’un jour le boulet du canon transperça la voile d’un bateau qui partait précipitamment du quai pour rejoindre au plus vite la ligne du départ devant les « Réchauds ». En fait cela est faux car le pauvre canon qui mesurait à peine cinquante centimètres de long faisait plus de bruit que de mal et tirait des cartouches à blanc…

Disparus plus récemment je citerais également Raymond Le Dugue et Robert, deux figures de l’île qui n’hésitaient pas à étaler les détails de leurs nombreux voyages autour du monde dans la marine marchande. L’une des expressions favorites de Raymond était : « La santé par les plantes et la joie par les légumes avec Herbezan ». Il tenait cette dernière d’une publicité ventant les vertus curatives d’une médecine homéopathique de l’époque. Raymond était une force de la nature et nous impressionnait tous en éteignant ses mégots de cigarette sur ses avant bras, insensible apparemment à la douleur. Tous deux étaient très aimés de la population et leur disparition nous attrista tous.

Naturellement, la descente sur le port était également l’occasion pour les marins de faire une halte pour aller boire un petit coup de blanc « chez Charlemagne », surnom de la tenancière du bar qui tient toujours son nom. Elle était toujours plantée sur le pas de sa porte en costume d’iloise avec un torchon délicatement déposé sur son bras afin de camoufler son moignon car elle avait été amputée d’une partie de son avant-bras. Une seule fois dans ma jeunesse je me suis aventuré avec un ami dans ce bar pour boire un « diabolo » qui coûtait alors 20 centimes ou 20 sous comme on disait…

Le cinéma et « l’après-cinéma » :

Quand mon père était petit, vers la fin des années 20, monsieur Boulaire (grand-père de mon ami Bernard Walter), instituteur sur l’île, organisait à la mairie des séances de lanterne magique à la grande joie des habitants qui ne pouvaient alors se payer le luxe de découvrir les joies du cinéma inventé quelques décennies plus tôt.

Durant les années 60 les techniques avaient évolué et nous avions droit chaque été à une séance de cinéma hebdomadaire. Oh ! N’essayez pas d’imaginer un cinéma avec fauteuils de velours, strapontins et moquette rouge. En fait, la salle polyvalente de la mairie dans laquelle étaient alignées plusieurs rangées de chaises et de bancs en bois se transformait, une fois par semaine, en cinéma public pour notre plus grand plaisir.

Un certain « Léonidas » débarquait alors du « continent » avec sa femme sous un bras et une énorme bobine de film sous l’autre. Un projecteur aussi volumineux que vieux projetait sur un écran en toile les films les plus célèbres de l’histoire du septième art. Bien que n’étant pas des plus récents, ces chefs d’œuvres de l’écran avaient l’avantage d’être en « Technicolor » (s’il vous plait !) et c’est ainsi que nous revoyions chaque été avec plaisir les grands succès de l’époque tels que « Ben Hur », « Tarzan » ou le « Pont de la rivière Kwai ».

Léonidas était l’opérateur de cet intriguant matériel cinématographique qui, malheureusement et invariablement, tombait toujours en panne au moment le plus pathétique du film comme par hasard. Après un certain temps, la pellicule en gélatine brûlait au contact de la chaleur de la lampe du projecteur et se collait sur les rouleaux, obligeant Léonidas à interrompre la séance sous le tolet général des spectateurs. L’aveuglante lumière de la salle se rallumait et nous surprenait bien souvent avec notre bras autour de la taille d’une fille que l’on essayait de « conquérir », profitant de l’obscurité complice environnante.

Si la coupure s’éternisait, commençait à se former alors une rumeur qui se transformait rapidement en clameur au compas du public qui scandait la chanson traditionnelle : « Eteignez la lumière… commencer le cinéma ! » et ce, au grand désespoir de Léonidas et sa femme qui tentaient d’apaiser les foules en colère.

La femme de Léonidas tenait le guichet à l’entrée et vendait les tickets. Gare aux resquilleurs qui tentaient de rentrer par les fenêtres et qui se faisaient alors copieusement engueuler par la brave femme ! Elle était également en charge de vendre à l’entracte les « oh combien fameux ! » bonbons « Krema », glaces « Miko » et autres articles de consommation traditionnelle dans les salles de cinéma de l’époque.

La séance terminée, les plus jeunes rentraient à la maison et les « grands » se rendaient en bande sur la grande plage pour faire un feu de camp sans oublier la traditionnelle séance du bain de minuit qui se terminait bien souvent en tenue d’Eve et d’Adam. C’est alors que commençait le meilleur moment de la soirée déjà avancée quand, invariablement, les deux pauvres gendarmes en faction sur l’île pendant les mois d’été, tentaient traquer les récidivistes dans le faisceau lumineux de leur lampe de poche. Quand ils étaient chanceux ils arrivaient à capturer quelques « proies » qui étaient immédiatement escortées à la mairie au « poste de police ».

La solidarité aidant, les rescapés de cette rafle reprenaient courage, se rassemblaient alors sur la place de la mairie et entamaient à tu tête la célèbre complainte des opprimés: « Libérez nos camarades ! » ou mieux encore… « J’emmerde les gendarmes et la marée chaussée ! » jusqu’à ce que les victimes soient libérées sous les tonnerres d’applaudissements de la foule en délire.

Pour des raisons évidentes de censure, je ne pourrais rapporter ici l’intégralité du texte de cette complainte mais je me ferais un plaisir de la communiquer à qui m’envoie un e-mail personnel !

Ainsi passions nous nos vacances… un peu chahuteurs il est vrai mais sans faire de mal a personne.

Le grand cirque d’été:

Durant deux ou trois étés, au début des années soixante, nous avons même eu la chance de recevoir sur l’île la visite d’un cirque ambulant qui venait du « continent ». Il s’agissait d’une tente en forme de chapiteau qui était dressée dans le champ du moulin de Kergonan en face de l’actuel hyper marché, pour le grand plaisir des vacanciers et des ilois. Une centaine de chaises pliantes étaient alors disposées en cercle à même la terre autour d’une petite piste improvisée.

Le cirque était composé d’une seule famille de cinq personnes autant que m’en souvienne (les deux parents et leurs trois enfants) et de quelques animaux sauvages et dangereux à savoir : un chien savant, un singe pelé et famélique, un âne avec un chapeau en paille campé entre ses deux oreilles et une chèvre ornée d’une belle clochette. Le chien sautait au travers de cerceaux, le singe jouait de l’orgue de Barbarie, l’âne faisait le beau en se dressant sur ses pattes arrières et la chèvre avançait péniblement en équilibre sur un cylindre en bois peint de couleurs vives. Le fils aîné faisait le clown, le père était le « dresseur » d’animaux, la jeune fille faisait de l’équilibre sur un câble tendu à un mètre du sol entre deux piquets, l’autre fils jonglait et secondait le père dans ses prouesses de dompteur, finalement la femme s’occupait des tickets et vendait des mignardises.

Sa gloire fut bien courte car le cirque se volatilisa aussi vite qu’il était apparu et ne revint jamais. Il laissa cependant dans ma mémoire une image bien précise.

Les rencontres insolites :

Je ne vous surprendrais pas en vous disant que beaucoup d’ilois vivaient de la mer. Il y avait ceux qui partaient pour la journée (comme les sinagots), ceux qui partaient pêcher plusieurs semaines au large des côtes françaises (les thoniers), ceux qui s’aventuraient à traverser l’Atlantique (les Terre-neuvas) pour la pêche hauturière pendant des mois et puis ceux de la marine marchande qui faisaient le tour du monde (marine au long cours) pendant parfois plus d’un an en doublant des caps aussi célèbres que celui du « Cap Horn », du « Cap Vert » ou de « Bonne Espérance » vers des destinations aussi variées que lointaines et pratiquement inconnues alors du commun des mortels…

Ces derniers rapportaient souvent de campagne des souvenirs insolites de toute sorte, ornements, bijoux, étoffes et autres objets. Je me souviens très bien dans ma jeunesse que les touristes qui visitaient alors notre petite île se surprenaient à faire des rencontres insolites en découvrant dans les jardins de certaines maisons des animaux aussi inattendus que des singes, des perroquets ou des tortues qui avaient été rapportés par les marins de continents aussi lointains que l’Asie, l’Afrique ou l’Amérique du Sud comme autant de mascottes qui défiaient alors l’imagination et piquaient la curiosité. Du temps de mon père, ces animaux étaient parait-il très nombreux dans les maisons et chaumières de l’île. De même, différentes espèces de plantes tel que les palmiers furent plantées par les marins au retour de campagne et l’on peut encore voir aujourd’hui certains d’entre eux qui ont plusieurs décennies.

A chaque génération son bar:

Chaque âge a ses plaisirs et les lieux de rendez-vous de la jeunesse ont souvent changé au gré des générations qui se sont succédées sur l’île.

Nos parents dansaient le dimanche chez « Leon Vinet » d’abord au son du biniou puis du microsillon.

Ma sœur aînée « Loly » s’éclatait le soir à « La Hutte », bar dansant créé par Ben Le Saout, fils du propriétaire de l’ancien ! oh combien renommé ! hôtel restaurant « La Brise » sur le port de l’île aux moines. Ben avait alors monté de toutes pièces ce bar pour les jeunes de sa génération. Cet endroit n’a pas changé et est aujourd’hui exploité comme crêperie sous l’enseigne de « l’îlot gourmand ». C’était aussi l’époque d’une farouche compétition entre la jeunesse d’Arradon qui venait faire des incursions fréquentes le soir en plate à dérive et la jeunesse de l’île.

Mon frère Yann et moi même étions plutôt de la génération de « Chez Félix » (aujourd’hui L’aloa) situé à la sortie de « Kergonan » sur la route de « Kerno »… Nous y reviendrons plus tard.

La génération suivante se retrouvait au Bar de « Chez Marie-Claire » (actuel Pod Bronnek) situé sur la place « Ru Vraz » dans le bourg.

Mes filles ont fréquenté le « Ty Breizh » au bourg dans la descente de l’ex boulangerie des Lepotremate...

Aujourd’hui le « Pod Bronnek » est, semble t’il, revenu à la mode…

Revenons à ma génération… Je crois que « Chez Félix » fut le summum des soirées dansantes sur l’île aux moines. Jamais aucun bar n’a pu et je crois ne pourra rassembler une telle quantité de personnes dans un seul endroit sur l’île. J’ai souvenir de soirées où il était impossible de mettre un pied à l’intérieur de cet établissement et nous étions obligés de danser le rock dans la rue, barrant parfois involontairement la route à Roger Niol et à Raymond Le Mauff qui devaient alors s’armer de patience et surtout de prudence pour traverser la foule avec leur taxi sans écraser les personnes éméchés.

C’était l’époque roi du « Juke Box » et pour nous les choses étaient bien claires à savoir qu’il y avait seulement trois sortes de musique: le Rock, le Twist et les Slows. D’ailleurs toutes les soirées suivaient toujours le même schéma à savoir quarante minutes de rock ou de twist et vingt minutes (tant attendues) de slow.

Le rock servait à montrer notre suprématie et notre maîtrise de la danse aux filles. Comme pour les animaux sauvages, c’était l’heure de la parade amoureuse ! Le slow… c’était la récompense... le moment du « flirt » ! C’était en fait l’opportunité que nous attendions tous d’inviter à danser la fille que nous avions remarqué et avec laquelle nous voulions tenter notre chance. Attention, ce n’était pas facile du tout car il fallait être très rapide et ne pas se laisser surprendre par l’adversaire, le copain qui voulait vous piquer votre proie…

Les slows les plus percutant à l’époque étaient souvent interprétés par des artistes noirs de Rythm & Blues tels que Otis Redding ou Aretha Franklin. Il y avait aussi les incontournables classiques tels que « only you », « knight in white satin » ou « Michel » et bien d’autres. Les chanteurs français étaient également en vogue avec J.Halliday, Richard Anthony, Hugues Auffray, Sylvie Vartan, sans oublier le propriétaire des « Chandelles » à Carnac, Alain Barrière, chez qui nous allions faire la fête plusieurs fois par été lors de nos sorties sur le continent (çà c’est une autre histoire !)

Les anecdotes durant ces soirées sont si nombreuses que l’on pourrait leurs consacrer un livre. L’un de mes souvenirs les plus marquant est l’image de Félix sautant sur son comptoir avec son tromblon à gros sel pour tenter d’intimider une bande de jeunes sous-mariniers qui avait débarqué on ne sait pas comment un soir de Lorient avec le but de casser non seulement le bar mais également la gueule à tout le monde. J’ai rarement vu une bagarre comme celle là sauf dans des films et finalement Félix n’eut pas à se servir du gros sel car la bande en question fut rapidement maîtrisée et rejetée à la mer. Cela fut l’exception qui confirmait la règle car les bagarres étaient alors un fait vraiment exceptionnel.

Félix était une personne à part et d’une gentillesse exceptionnelle. Il avait cependant sa personnalité et son caractère et savait se faire respecter lorsque cela était nécessaire malgré son gabarit « poids plume ».

Pendant la journée, le bar changeait complètement d’atmosphère et les terrains de boules situés derrière l’établissement étaient le lieu de rendez-vous favoris de beaucoup de jeunes ainsi que le « flipper » à 20 centimes qui faisait « tilt » trop souvent au rythme des coups qu’il devait endurer.

Il serait injuste de ne pas mentionner au passage le bar du « Cap Horn » ou « Chez Jojo » qui était le point de ralliement à l’heure de l’apéritif après une longue journée de bateau. Là aussi le « Juke Box » et le « Flipper » marchaient à fond et les parties de dés (Yams) ponctuaient cette heure bénite. C’est là que j’ai servi durant l’été 72 comme serveur afin de me faire quelque argent de poche. Depuis cette époque l’amitié qui me liait avec « Jojo » et sa femme « Liliane » ne cessait de croître et j’ai eu le privilège de partager avec lui de nombreuses parties de pêche au bar bien avant le lever du soleil sur ses territoires de chasse dont il m’avait fait faire le sermon de les tenir secret. Au cours d’une de ces parties de pêche j’apprenais que « Jojo » avait, dans sa jeunesse, transformé un ancien Thonier échoué devant le bar de son père sur le port en ce que avait été alors l’ancêtre d’une discothèque et où s’est réunis pendant quelques étés la jeunesse locale. Bien des années plus tard j’ai eu le privilège de recevoir « Jojo » et son épouse en tant qu’invités à l’hotel Hilton Suffren de Paris (Tour Eiffel) dont j’étais alors sous Directeur. Son décès, suivit de prés par celui de Liliane, m’affecta énormément.

Les « Boums » :

Presque toutes les soirées « Chez Félix » se terminaient par une « Boum » chez des particuliers. Naturellement nos parents ne prenaient que quelques semaines de vacances et nous nous retrouvions pratiquement seuls trois mois d’été avec la maison libre rien que pour nous. Ceux qui ont aujourd’hui entre cinquante et soixante ans se souviendront sans doute des soirées chez les « Renaux » que nous organisions dans l’immense cave de notre maison transformée pour l’occasion en discothèque. Une seule obligation : chacun se devait d’emmener sa bouteille si il voulait garantir son droit d’entrée. Pas de C.D ou de table de mixage à l’époque mais les bon vieux 33 et 45 tours de vinil qui, en fin de saison, étaient complètement rayés d’avoir tant joué. Ma pauvre grand-mère, qui était censée nous garder, devait tolérer tout ce vacarme et effectuait parfois des « rondes surprises » autour des massifs de plantes de la propriété avec une torche électrique afin de dénicher les couples « illégitimes ». Les mauvaises langues racontent même qu’un soir elle termina enfermée dans un placard…

Mon grand frère Yann prolongeait parfois ces soirées en passant sur le continent avec ses amis. Ce n’est que plus tard que je goûtais au plaisir de ces escapades nocturnes qui prenaient parfois des allures d’expéditions. Pour l’instant, mon rôle se limitait à être attentif au bruit des cailloux qu’il jetait contre les carreaux de notre chambre au premier étage lorsqu’il rentrait au lever du jour. Je devais alors lui lancer une corde attachée au balcon afin de lui permettre de pouvoir regagner notre chambre sans réveiller ma grand-mère qui était persuadée qu’il était couché depuis des heures. Parfois l’exercice était plus périlleux que la relève des gardiens du phare de l’île de Ouessant par gros temps et je ne comprends toujours pas d’où je puisais la force pour le remonter dans l’état dans lequel il se trouvait. Comme anecdote je me souviens que mon père qui venait d’arriver pour les vacances au lendemain d’une des rentrées nocturnes de mon frère, s’étonna fortement de trouver des traces de pas à la vertical du mur blanc de la maison et qui montaient jusqu'à l’étage de notre chambre. Le mystère ne lui fut dévoilé que bien des années plus tard et le fit éclater de rire.

Le train des « cocus » :

C’était le surnom donné au dernier train du vendredi soir en provenance de Paris et qui ramenait alors les époux des aoûtiennes pour rejoindre, l’espace d’un week-end, leurs femmes qui passaient alors leur semaine « seules » en vacances sur l’île… Comprenne qui pourra où qui voudra !

Par extension, le dernier passeur du vendredi soir deviendra également le « bateau des cocus ».

Les commerces et artisans aujourd’hui disparus :

Je citerais en vrac et dans le désordre ceux dont mon père m’a parlé et que je n’ai pas connu ou très peu et ceux, plus récents, disparus pour les derniers dans les années 70. Certains existent encore sous d’autres noms.

La Boucherie « Roselier » : située dans le bourg rue du couvent, elle était mitoyenne à l’actuel maison de mon frère Yann c'est-à-dire à la place qu’occupait l’ancienne pharmacie jusqu’à il y a 2 ans. Monsieur roselier s’est malheureusement noyé en traversant sur le continent dans son petit bateau il y a bien longtemps et la boucherie ferma dans les années 60.

La Boucherie « Cirebusson » : existe toujours après avoir été reprise successivement par Gaby (années 70/80) puis par mon ami Christian. Madame Cirebusson était vêtue en costume traditionnel mais portait la coiffe de Lorient dont elle était originaire. Située dans le bourg je me souviens étant petit que, comme le « tout à l’égout » n’existait pas, le sang des bêtes sacrifiées coulait en travers de la rue du bourg, suivant le tracé d’une rigole prévue a cet effet et qui se perdait le long du mur du terrain de boules du café Le Mauff.

Le Cordonnier : Je ne l’ai pas connu mais mon père me raconte qu’il avait sa boutique dans la descente du port et qu’il ferma ses portes avant la seconde guerre mondiale.

Le restaurant « Chez Florida » : tenue par la femme de Marcel Menach, ce restaurant se trouvait dans la descente du port. La terrasse en bois couverte de chaume subsiste toujours. La maison est facilement reconnaissable grâce à sa fenêtre en forme de hublot. Elle ferma ses portes en 1957 et mon père racheta cette maison en 1959. Il la revendit aussitôt à un certain monsieur Rico pour acquérir la propriété du Trech : « Izenah », aujourd’hui occupée par ma grande sœur « Loly ».

La Brise : ce charmant hôtel restaurant situé sur le port et dirigé par Mr. et Mme. Le Saout était l’un des temples de la gastronomie locale et nombreux étaient les clients célèbres qui venaient du « continent » pour goûter à une cuisine fine basée sur les produits de la mer. Sa vaste salle ouvrait sur le port avec une vue imprenable et il y avait un grand aquarium où pullulait les homards prêts à sauter dans la poêle accompagnés d’une onctueuse sauce à l’ « Armoricaine » relevée juste à point. Avec sa fermeture, une page de l’île aux moines a été tournée. J’ai eu la chance d’être l’un des derniers clients puisque nous avons réalisé mes fiançailles avec celle qui est aujourd’hui ma femme à la fin de l’été de la dernière saison de cet établissement en 1978.

San Francisco : vous allez me dire que cet établissement existe toujours. D’accord, mais celui qui n’a pas connu le « San Francisco » à l’heure de sa splendeur a perdu gros. Cet hôtel restaurant donnait alors sur deux côtés : le port et la grande plage avant que la partie moderne de l’hôtel ne soit rachetée par les parents de l’ancienne championne de ski « Perrine Perin » nous privant ainsi d’un raccourcit bien pratique. Avec son grand parc ombragé, cet établissement offrait une cuisine qui n’avait rien à envier à beaucoup de restaurants de la région. Cet endroit devenait surtout magique lors des régates de l’île aux moines (La S.N.I.M) quand on y célébrait alors la soirée de remise des coupes suivit de son grand bal dans une ambiance regroupant des centaines et des centaines de personnes qui venaient partager un moment mémorable. Parmi les anecdotes il y a, pour ceux qui s’en souviennent, les fameuses grenouilles vertes (cache-pots énormes en forme de grenouille et peints en vert) qui ont atterris un peu partout dans l’île au gré des ballades que leur faisaient faire les jeunes leur soir de cuite dans le seul but avoué… de leur faire prendre l’air.

Moins romantiques étaient les cochons qui étaient élevés derrière l’hôtel et qui se goinfraient des résidus de la cuisine !

Chez Léon Vinet : Vinet était tout simplement devenu une institution sur notre île. Cela allait depuis les pâtisseries fines et renommées que nous achetions le dimanche à la sortie de la messe en passant par les glaces faites maison au parfum unique et jusqu’aux repas de galettes arrosés de cidre et partagés en famille chaque été telle une tradition incontournable à laquelle sacrifiaient toutes les familles de l’île. Les thés dansant du Dimanche étaient une autre tradition au son des bons vieux disques de cire puis de « vinil » qui faisaient danser nos parents dans cette baraque jaune qui remontait aux années de la guerre de 14/18. Le tout dans le cadre splendide d’un restaurant en bois décoré de pièces antiques de l’art breton tels que lits clos et autres meubles. Malheureusement le restaurant ferma ses portes au début des années 70 pour raison de sécurité (construction en bois) obéissant à une loi stricte qui était passée suite a une désastre qui avait fait plus de 100 morts dans une discothèque du centre de la France : le « Cinq / Sept ».

Aujourd’hui un « foyer logement » se construit sur ce lieu mythique et, comme le disait très justement J.M dans son article sur la gazette de l’île aux moines, nous continuerons à nous rendre « chez Vinet » et non pas a la « maison de retraite ». Avec J.M nous affirmons : « Vinet est mort… vive Vinet ! ».



L’alimentation Caba : géré par Mr et Mme Caba, ce commerce aujourd’hui disparu se trouvait dans le bourg en haut du couvent. Mr Caba, d’origine espagnole, avait quitté l’Espagne sous le régime de Franco et son épouse et lui même s’étaient installés sur l’île. Leur fils aîné Alain (malheureusement décédé) s’occupait des livraisons. Ses deux autres fils Jacques et Tonio faisaient parti de notre bande l’été. Il serait impossible de parler de ce lieu sans mentionner « Janine » qui était la main droite et complice de Mme Caba et un amour de femme. A cette époque, chaque famille possédait son « carnet » sur lequel Mme Caba inscrivait religieusement le détail des achats ou des commandes livrées alors à domicile et dont on réglait le solde en fin de saison. Cette brave femme maniait déjà très bien, avant qu’il ne soit inventé officiellement, l’art du « marketing » en rajoutant toujours « quelque chose pour le compte de la maison » dans notre cabas.
Ayant un sens des aigu affaires, ils avaient ouvert également une épicerie face au débarcadère des vedettes vertes afin de ravitailler les touristes. Cette épicerie existe toujours aujourd’hui et a été transformé en bar.

L’alimentation Quéré : qui devint plus tard un bar tabac (actuel bar tabac « Le Crialeis ») étalait ses tréteaux bien achalandés devant la mairie. Béatrice Quéré était une sainte qui était partout à la fois. Cette frêle femme n’arrêtait pas du soir au matin et faisait beaucoup de bien autour d’elle. Chaque fois que je la saluais elle ne manquait pas de glisser dans ma poche un « Malabar » ou un « Carambar » avec toujours un petit mot gentil. Eugène, son mari était un fin pêcheur occasionnel. Vers le milieu des années soixante, l’alimentation fermait ses portes et faisait place à un bar tabac toujours tenu par Mr et Mme Quéré et qui resta dans la famille, longtemps tenu par son fils qui créa ensuite à coté la « Crêperie du Ponant ». L’une des passions de Béatrice était la fabrication de poupées en laine qu'elle exposait fièrement derrière les carreaux de sa maison ou qu’elle offrait généreusement comme lots pour la kermesse.

La boutique « Méli-Mélo » : est aujourd’hui la boulangerie située devant chez Le Mauff. C’était à l’époque un « bazar » tenu par les sœurs Cario dont Janette qui vit toujours et habite dans la descente du port. Comme l’indique son nom, vous trouviez de tous chez Méli-Mélo. Depuis un nécessaire à couture en passant par des jouets, des ustensiles de cuisine, des articles de pêche, des livres, des bonbons et même des pétards. Ah ! les pétards… Nous les achetions par douzaine pour les faire exploser dans le bois de la « pointe de la chèvre », lieu de prédilection où nous jouions les « Robinson Crusoé » dans des cabanes confectionnées dans la pinède. Les « petites sœurs Cario » comme les appelait ma grand-mère, jouaient un rôle prépondérant avec Beatrice Quéré dans l’organisation annuelle de la kermesse qui se déroulait au « Toulpri » sous la supervision de Monsieur le Recteur et qui s’acheva vers la fin des années soixante. La route actuelle qui mène du port au Toulpri en montant n’existait pas encore et la grande descente du port était à double sens.

La Boulangerie « Dairien » : Située dans la rue du Couvent entre « Chez Caba » et l’ancienne pharmacie. La maison subsiste toujours ainsi que sa vitrine. Comme il y avait deux boulangeries et afin de ne froisser personne nous allions tantôt chez l’un et tantôt chez l’autre, les deux boulangeries fournissant des produits de première qualité.

La Boulangerie « Lepotremate »: C’est là que nous terminions nos soirées sur le continent, faisant un brin de compagnie à Mr Lepotremate qui démarrait son travail au fournil vers 3 heures du matin et nous offrait de bon cœur une dégustation de pain et croissants juste sortis du four. Son épouse tenait boutique et la qualité de leurs croissants et pâtisserie justifiait la queue qui se formait tous les dimanches à la sortie de la messe devant leur boutique.

L’art Breton : Coincée entre deux rue (celle du Trech et de l’église) face à l’actuelle « Crêperie du Ponant » et la mairie se trouvait cette boutique où ma tante « Huguette » travaillait comme vendeuse et qui vendait principalement des souvenirs sous forme de céramique de quimper ainsi que des cartes postales ou autres souvenirs bretons.

Chez Félix : et oui ! Félix tenait également dans l’arrière boutique attenante au bar une petite épicerie dans laquelle il vendait quelques produits de base tels que boissons, conserves, bonbons, pâtes et quelques légumes qui dépannaient bien les habitants de « Kergonan » et « Kerno » qui n’avaient ainsi pas besoin de se rendre systématiquement au bourg tous les jours à pied ou en bicyclette.

D’ailleurs ce bar n’était pas récent puisqu’il était déjà tenu dans les années 1930 par Marie Joseph Chrétien, une bonne amie de ma grand-mère. Le terrain de boules situé dans la cour arrière était alors très prisé par les retraités qui se rassemblaient en équipe autour de la piste en terre battue. Les boules étaient en bois peint.

Chez Séraphine : débit de tabac qui a disparu au début des années soixante et situé prés du grand virage sur la route qui mène du bourg a « Kergonan », en haut du chemin du « bois Martin ». La tenancière « Séraphine » était une vieille femme très forte habillée en costume d’îloise que ma grand-mère m’obligeait à saluer d’une bise à mon grand désespoir car la brave femme avait du poil au menton et cela piquait énormément.

La charcuterie : située en face de chez Vinet sur la route de l’église, elle était tenue par la grand-tante de mon amis Gwénael (lequel exploita le bar de sa tante « Chez Marie-Claire » pendant plusieurs années) et elle s’habillait également en costume de l’île. Ce commerce ferma également au milieu des années soixante mais l’odeur de ses terrines est encore solidement ancrée dans mes souvenirs.

Le coiffeur « Chez Pati »: Jusqu’à milieu des années 70, ma grand-mère allait faire sa mise en plie chez le seul salon de coiffure de l’île situé à la place de l’actuel « bar des Garçons » ou « bar de l’île » dans le centre du bourg. Les ragots allaient alors bon train !

Le père bouquin : lorsque j’étais petit, ce vieil homme alors âgé alors de plus de 80 ans et qui habitait au « Gregnon » derrière « chez Félix » livrait les bouteilles de gaz butane sur son triporteur à moteur dans un tintamarre qui aurait réveillé plus d’un mort et qui laissait derrière lui un nuage de poussière. Il portait une petite moustache et un grand tablier gris.

Monsieur Labat : Le mécanicien de l’île, était une force de la nature. Il assurait le gardiennage et la mise à l’eau de beaucoup de bateaux lorsque venait l’été et aucun moteur ne lui résistait. Il réparait également les bicyclettes et « velosolex » alors très en vogue sur l’île. Sa belle mère madame « Talvan » tenait l’ancien bar du « Ty Breizh » en bas du bourg.

Les Fermes :

Selon mon père, l’île aux moines compta jusqu’à 18 fermes qui commencèrent à disparaître avant la seconde guerre mondiale. Certaines d’entre elles étaient très étendues tel que celles de « Penhap », « Le Vran », « Kerno », « Brouel » ou « Kergonan ». D’autres étaient plus modestes et plus rapprochées du bourg tel que celle située dans la descente de l’église vers la plage de « Port Miquel » ou celle située en bas du bourg : l’actuelle maison d’hôtes de « Kerisa ». En fait, l’île vivait alors pratiquement à cette époque en autarcie complète.

Dans les années soixante existaient encore une demi douzaine d’exploitations agricoles situées à « Penhap », « Kerno », « le Vran » et « Brouel » qui fermèrent leur porte peu à peu jusqu’à disparaître totalement. Tous les jours, les œufs et le lait frais ainsi que les légumes étaient vendus sur la place du marché. Note pittoresque, les vaches qui étaient achetées sur le continent passaient auparavant le courant à la nage, attachées derrière un « chaland ».


Les Taxis :

J’étais extrêmement jeune lorsque le taxi était assuré par un dénommé « Bouboule » qui conduisait une vieille « Jeep » du surplus américain de la deuxième guerre mondiale. Les souvenirs que j’ai de lui sont très lointains et surtout très flous.

A cette époque les voitures étaient très peu nombreuses sur l’île. Selon mon père, la première voiture fut ramenée sur notre île dans sa jeunesse (années 20) par monsieur Le Strat, ostréiculteur de métier et qui habitait l’actuelle maison de Roger Zabel et sa femme « Choupette ». Cet homme ingénieux avait acheté cette voiture a laquelle il avait subtilisé le moteur pour l’installer sur une machine à broyer les pommes pour faire du cidre...

Par contre beaucoup d’entre nous se rappellerons sûrement de « Roger Niol » et son estafette. Roger et son inséparable casquette fendaient contre vents et marées les routes de l’île aux moines à l’incroyable vitesse de… 20 kilomètres à l’heure. En fait je ne crois pas que Roger ait, une seule fois dans sa carrière, passé la troisième vitesse au volant de ses différents véhicules et cela était peut être plus prudent. En effet un jour de grande fatigue n’est-il pas tombé de sa camionnette en marche dans le virage du port ?

Raymond Le Mauff lui, a tenu le haut du pavé pendant plus d’une génération cumulant les fonctions de taxi, transporteur et tenancier (avec l’aide de sa femme) de l’actuel bar restaurant que son fils a si brillamment repris. Sous son air bourru, Raymond était une personne adorable et toujours prête à rendre service.

Aujourd’hui il y a sûrement beaucoup trop de voitures en circulation et cela frise même le ridicule mais je ne suis personne pour critiquer cette situation. Chaque personne jugera en son âme et conscience. Je sais que légalement, la mairie ne peut pas prendre de décision car la route du port au bourg (800 m) est classée départementale. J’essaye parfois de m’imaginer la situation si toutes les familles de l’île, résidents et non résidents, décidaient de faire passer une voiture sur notre île. Peut-être que dans ce cas une décision serait alors prise au niveau départemental !

Nostalgie ? :

Malgré les apparences, je ne regrette pas le passé; loin de là… et l’île aux moines sera toujours pour moi l’île aux moines. Ce n’était ni mieux ni moins bien qu’avant et elle n’a fait qu’évoluer au gré de l’inévitable progrès qui est sensé prodiguer aux hommes une meilleure qualité de vie... Je voulais juste partager avec vous quelques souvenirs de jeunesse car cela fait maintenant trente ans que j’ai quitté la France pour des pays parfois très lointains au gré de ma profession et l’île aux moines a toujours été mon refuge où je reviens me « ressourcer » chaque fois que le peux ou que j’en éprouve le besoin. J’ai pour mon île un profond respect et je sais qu’elle recevra toujours les nouveaux venus à bras ouvert. Mais pour cela il faut simplement la comprendre, faire preuve de beaucoup d’humilité et de patience pour l’apprivoiser et se faire accepter et surtout… surtout… ne jamais oublier qu’il y a des gens qui vivent sur cette île toute l’année. Ce sont eux qui méritent notre respect car sans eux l’île n’existerait pas et, malgré les apparences, vivre tout au long de l’année sur ce petit bout de terre à la fois si isolé et si proche du « continent » n’est pas toujours aussi facile que l’on peut ou l’on croit se l’imaginer…

Amitiés depuis l’étranger

Gildas Renaux

P.S : ces souvenirs tentent d’être le plus fidèle possible mais la mémoire peut parfois nous jouer des tours. Je demande pardon à l’avance aux familles dont j’aurais, sans le vouloir, écorché l’orthographe… J’ai également longuement hésité entre le terme Iloise ou Ilienne, les deux étant utilisés selon les ouvrages qui mentionnent les habitantes de l’île. Finalement, j’encourage fortement ceux qui auraient des souvenirs, aussi banaux soient-ils sur la vie quotidienne du passé de notre île à s’exprimer par le biais de ce site afin de perpétuer une mémoire vivante de notre petit patrimoine.

Article écrit par Gildas Renaux le 05/02/2007 (lu 7278 - catégorie : Histoire) - Imprimer cette news

.: Commentaires :.

c'était vraiment comme ça !
Envoyé par IZENAH56 le 31/07/2010 à 20:27

bonjour,
à part un ou deux détails, comme les remontées du port dans le triporteur du p'tit père Bouquin, ou le passeur qui barrait pied nu :) tout y est. J'ai exactement les mêmes souvenirs, mon frère ma soeur aussi... à l'époque nous habitions à Kergonan, chez Emile et Thérèse, et nous partagions la maison avec les Monta :) nous avons tous le même amour pour l'ile aux moines, d'ailleurs nous y serons bientôt, et je me souviens de quelques soirées chez "les Renaux", très sympa ce moment de lecture, merci

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